Ether


Tes yeux, comme des millions d'avions en papier. 

Nos quatre bras d'amour ne te sont pas indispensables pour être heureuse, toi tu ne manques de rien, sinon de solitude. Tu passais d'ailleurs des heures à te contempler dans le miroir, est-ce que mes cheveux sont en ordre, mes nattes sont-elles défaites, quel temps fait-il dans mes yeux. Et dans ta chambre pâle il n'y a que ce miroir, et puis oui aussi des photos, des photos de fleurs qui parfois jonchent le sol, tu m'as dit un jour que tu les avais écoutées pousser l'oreille collée au parquet; et puis il y a deux grandes fenêtres.

Je suis né un jour de pluie de ta chevelure de feu, l'odeur des braises dans nos étreintes. Nous sommes faits pour mourir ensemble. Elle te va si bien, cette robe de silence, ils disaient qu'elle était faite pour toi, moi je pense que tu es faite pour elle. Elle est aussi douce que tes lèvres de satin, aussi fragile que tes ailes. 
Un jour j'ai déchiré ta robe par accident; dans ma chute j'ai coloré ta chambre de pastels bleus, et rouges, et mordorés, et j'ai peint tes lèvres avec un peu de mon sang. Ce jour-là, tu as ri, et nos mains se sont confondues dans un bruit sourd. Ce jour-là, je t'ai aimée sincèrement. 

Tu me souriais toujours un peu plus. Je me suis attaché à tes rires, à tes mots, à tes peines, à tes peurs, à tes habitudes, à tes folies. Tu faisais éclore de tes mains mes rêves. Nous avons bu, tu m'as rendu ivre de tes promesses, "un jour, nous", "je serai là". Mais toi, en cachette, tu raccommodais la robe, fil par fil, en te plantant une aiguille dans le doigt de temps en temps.

Tu ne supportes pas qu'on t'aime. Tu ne supportes pas mon regard. Et je suis suspendue à tes paroles, le coeur débile, les mots ridicules, inutiles mes mots. "Là voilà elle est finie; disparais, maintenant, s'il te plaît" c'est ce que tes yeux m'ont dit. Pourtant je t'aime, je tiens tellement à toi mais non ce n'est pas la question. Il faut partir maintenant, que dis-je, il faut fuir une fois encore, mais je n'en peux plus de courir.

 C'est vrai qu'elle te va bien, mais tu m'en veux de l'avoir déchirée, pire encore, tu m'en veux de n'avoir pas remarqué plus tôt à quel point elle t'allait. Pardonne-moi, s'il te plaît. Pardonne-moi de t'avoir aimée. Tu as lavé les murs avec une éponge, un sceau d'eau et du savon. Il a plu dans ta chambre des larmes d'éther. 

Pourtant, les fleurs ont toutes fané.































Tu es une poupée en acier.

Fin.

Modèle  Marion Colombani.
Texte & photos  Hwnx

3 commentaires:

  1. J'aime beaucoup celle avec le raison et celle où elle se touche le menton.

    Le " Pourtant, les fleurs ont toutes fané." est très beau dans le contexte du texte.

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  2. pas très beau, très bien amené.

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  3. Tes photos sont vraiment superbe et en plus c'est un plaisir de te lire, j'aime beaucoup ta façon de raconter les choses. Bonne continuation.

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